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II CONGRÈS INTERNATIONAL DES SCIENCES HISTORIQUES ROME 1903

Le IIe Congres International des Sciences Historiques a Rome aurait du avoir lieu du 16 au 25 avril 1902. La surveillance de son organisation a été confiée au président du Comité Organisateur M. Enrico Teodorico Luigi Giovanni Maria San Martino Valperga – le président de l’Académie de Musique Sainte Cécile a Rome et en meme temps le conseiller municipal chargé de l’ éducation a Rome. Par contre la responsabilité de toute cette organisation a été assurée par M.Ettore Pais, le professeur d’archéologie a l’Université Frédéric II de Naples et en meme temps le directeur du Musée d’Archéologie dans cette ville ainsi que l’étudiant et l’ami de Theodor Mommsen.
La fonction du secrétaire du Comité a été confiée a l’historien M.Giacomo Gorrini. Les personnes suivantes ont fait partie du Comité: M.Giacomo Boni – archéologue et architecte, M.Luigi Ceci – archéologue et adversaire principal de M.Pais, M.Giovanni Monticolo – historien, Niccolo Barrozi – historien, M.Gugliemo Berchet – écrivain, M.Pompeo Gherardo Molmenti – député et M.Filippo Nani Mocenigo – comte italien. Les membres du Comité ont été assistés par M.Adolfo Apolloni – sculpteur, M.Carlo Fiorilli – juriste, M.Giuseppe Creppi – sénateur et diplomate, M.Francesco Saverio Nitti – économiste, M.Benedetto Croce – philosophe. L’attitude hostile du milieu universitaire face a M.Pais, considéré comme un traître pour avoir appuyé les théories des savants allemands sur les origines de Rome, a entraîné la dimission du Comité et la remise de l’organisation du Congres.
Le nouveau Comité Organisateur, créé par le Ministre de l’Education M.Nunzio Nasi, a été présidé par M.Pascale Villari, historien, sénateur et ancien ministre de l’éducation, reconnu en Italie et a l’étranger pour ses recherches sur Savoranola et Machiavelli. La fonction du secrétaire a été de nouveau confiée a M.Gorrini. Parmi les membres du Comité on retrouve M.Domenico Pietro Antonio Camparetti – expert en littérature, M. Paolo Boselli – politicien, ainsi que les historiens M.Oreste Tommasini et M.Ugo Balzani. Le travail du Comité a été surveillé par les représentants du Ministere de l’Education M.Graziadio Isaia Ascoli – linguiste et M. Alessandro D’Ancona – écrivain et critique littéraire. Le Comité s’est tenu pour la premiere fois le 10 juillet en présence des représentants des plus importantes institutions scientifiques d’Italie et le 21 décembre il a présenté au roi Victor Emmanuel III le projet général du nouveau Congres.
Finalement le Congres a eu lieu du 1 au 9 avril 1903. Son programme a été riche bien qu’il y ait eu moins de sections que dans celui prévu en 1902 (huit au lieu de vingt), a part de l’histoire il y avait aussi des domaines n’ayant pas traits directes aux sciences historiques. La premiere section a été consacrée a l’histoire ancienne, l’épigraphie et la philologie classique, la deuxieme a l’histoire du Moyen Age et des temps modernes, la troisieme a l’histoire littéraire, la quatrieme a l’archéologie, la numismatique, l’histoire de l’art, de la musique et du théâtre, la cinquieme a l’histoire du droit et des sciences économiques et sociales, la sixieme a l’histoire de la science géographique et la géographie historique, la septieme a l’histoire et la philosophie des religions et la huitieme a l’histoire des sciences mathématiques, physiques et médicales.
Les débats ont eu lieu dans un bâtiment post-jésuite Collegium Romanum, les sections no quatre, cinq et six ont délibéré ailleurs, a l’Académie Sainte Cécile, au siege de l’Association Juridique (Circolo giuridico) et au siege de l’Association Géographique Italienne (Societa geografica italiana).
On a distingué deux formes d’interventions. La premiere consistait a informer seulement le milieu historique des découvertes récentes. C’est la raison pour laquelle les discussions ne suivaient pas les interventions. Par contre les débats ont suivi la deuxieme forme d’interventions pendant lesquelles on présentait les postulats de recherches et les projets communs éditoriaux.
L’italien jouait le rôle de la langue officielle. Les intervenants locaux et la majorité des intervenants étrangers l’ont utilisée, sauf les Français qui ne parlaient que le français. Dans la section consacrée a la littérature et la philologie classique les débats étaient menés en latin.
Par rapport au congres précédent le nombre de participants a beaucoup augmenté. Parmi 2060 personnes invitées, il y avait 1500-1800 participants, dont 450 intervenants. La majorité des participants venaient d’Italie (1144 et 188 interventions), les autres sont venus d’Allemange (358 et 18 interventions), de France (194 et 28 interventions), d’Autriche-Hongrie (97 et 6 interventions), d’Angleterre (74 et 5 interventions), de Belgique (31 et 1 intervention), il y avait aussi des sujets russes (47 et 5 interventions). L’Allemagne a été représentée par M. Ulrich von Wilamowitz-Moellendorff- philologue qui a présidé la section  de philologie classique, M. Adolf von Harnack – théolégien, M. Otto Gierke, juriste et président de l’université de Berlin et M. Paul Kehr, spécialiste en diplomatie. La France a été représentée par M.Paul Meyer- philologue classique et médiéviste, M. Vidal de la Blache- géographe et M. Gabriel Monod – historien et rédacteur en chef de „Revue historique”. L’Autriche-Hongrie a été représentée par M. Ludo Moritz Hartmann se spécialisant en histoire d’Italie au Moyen Age et M. Ludwig von Pastor – historien de l’Eglise et directeur de l’Institut Historique Autrichien a Rome. M. James Bryce, historien, est venu de Londres, M.Wasylij Iwanowicz Modestow, historien et philologue, est venu de Saint Pétersbourg.
L’inauguration solennelle a été précédée par la réunion du 1 avril, pendant laquelle on avait précisé tous les détails concernant cette cérémonie. La présidence du Congres a été confiée a M.Pasquale Villari. On a nommé ses adjoints: M.von Harnack, M.von Pastor, M.Meyer, M.Bryce et M. Modestow ainsi que les présidents honoraires: le Ministre de l’Education M.Nunzio Nasi, le Maire de Rome M.Prospero Colonne, le Ministre des Affaires Etrangeres  M.Enrico Costantino Morina  et M.Theodor Mommsen. L’inauguration du Congres s’est tenue au Palais des Conservateurs sur la Place du Capitole, en présence du roi Victor Emmanuel III et de la reine Hélene de Monténégro. La session a été ouverte par le maire Colonna et le ministre Nasi soulignant le rôle universel de la civilisation de Rome et de l’Italie.
Ensuite c’est le président du Congres M.Villari qui a pris la parole. L’historien italien a constaté que le XIXe siecle avait formé les nations et avait influencé l’émancipation des masses ouvrieres, par contre le XXe siecle aurait pour but l’augmentation du niveau matériel et intelectuel des peuples africains et asiatiques. Par ailleurs en stigmatisant le nationalisme, M.Villari a souligné que les nations européennes, situées entre l’Amérique et la Russie devraient tendre a s’entendre. Quant aux domaines historiques, M.Villari a remarqué que l’histoire était la base unique des sciences sociales, sans lesquelles il serait impossible de comprendre le monde nous entourant. Il a aussi encouragé a mener des recherches comparatives, parce qu’a son avis il serait impossible de comprendre l’histoire d’une nation sans une vision plus large et une collaboration avec des savants d’autres pays.
Le Congres est devenu une bonne occasion pour présenter les domaines, dont le développement tres rapide avait laissé son empreinte au cours de la deuxieme moitié du XIXe siecle: archéologie, biographisitique, histoire de l’art, biblistique. Le Congres a aussi constitué une étape importante dans le processus d’abandonner l’idéalisme historique en faveur des conceptions alternatives. Ce qui est prouvé par les déclarations de M.Ludo Hartmann et M.Benedetto Croce. Mais avant tout le Congres était le forum de discussions sur les postulats et les projets de recherches. Plusieurs d’entre elles concernaient la philologie, l’édition des sources et des dictionnaires. On a proposé par exemple le travail sur l’ensemble des noms propres latins (M.Felice Ramarino), la biographie des classiques grecs et latins (M.Remigio Sabbadini) et la création d’un groupe international rassemblant des papyrus littéraires grecs (M.Girolamo Vitelli). Les autres projets se sont concentrés sur le Moyen Age: on a discuté entre autres de l’utilité des épigraphies médiévales italiennes (M.Francesco Novati) et des documents diplomatiques italiens (M.Luigi Schiaparelli). A son tour M.Alessandro D’Ancona a proposé l’édition d’un dictionnaire biographique des Italiens. Quelques propositions ont enfin concerné la paléontologie (M.Luigi Pigorini) et la géographie historique (Guiseppe Dalla Vedova). Bien que tous les postulats mentionnés n’aient pas été réalisés, le Congres a contribué aux discussions sur divers problemes de recherches.
Durant les débats on a aussi présenté les publications qui avaient déja vu le jour ou les projets de recherches ou éditoriaux en train d’etre menés. Ce qui a provoqué une discussion animée parmi les Italiens c’était la réimpression du réceuil de chroniques «Rerum italicarum scriptores» rédigé par Ludovic Antonio Muratori et publié par l’imprimerie de Scipion Lapi sous la rédaction de Giosue Carducci et Vittorio Forini. Au cours de la session présidée par l’historien belge M.Paul Federicq, en présence de 400 participants, on a proposé de voter la déliberation soutenant cette initiative. Etant donné l’opposition de l’Institut Historique Italien s’occupant aussi, selon son statut, de l’édtion des sources, on a finalement formulé un appel commandant la publication de cette ouvre sans mentionner le nom de la maison d’édition. A part de M.Villari, il y avait aussi d’autres historiens importants étrangers tels que M.Robert Davidson de Gdańsk, expert en histoire de Florence, et M.Gabriel Monod qui ont pris la parole dans la discussion concernée.
Durant le Congres on a aussi informé les participants de récentes découvertes archéologiques. Par exemple M.Luigi Pigorini a fait le compte rendu des fouilles menées en Crete par les archéologues italiens.
Le programme du Congres a été animé par les manifestations culturelles (expositions, concerts, réceptions). Le 2 septembre la présentation de la carte reconstruite de Rome antique Forma Urbis Severiana, réalisée par Rodolf Lancini en collaboration avec l’Institut Archéologique Allemand a suscité de vives réactions. Le lendemain dans la Bibliotheque Victor Emmanuel III on a ouvert une exposition Topographie de Rome. Il y avait aussi un concert de musique sacrée des maîtres italiens, dont le chef d’orchestre Raffael Terziani et un concert de mandoline au Colisée.
Les organisateurs ont proposé plusieurs excursions touristiques, entre autres a Norma, Sermoneta, Norba, lieu des fouilles. Un voyage en Sicile aurait du etre organisé du 14 au 22 septembre. Selon l’itinéraire le bateau aurait du accoster dans quelques ports afin de pouvoir visiter Messine, Taormina, Catane, Syracuse, Palerme. En rentrant les participants auraient du s’arreter a Amalfi, Sorrento et Capri. Etant donné le nombre insuffisant de participants l’excursion a été annulée.
La presse italienne, particulierement celle de Rome, a consacré beaucoup d’attention au Congres. Le soutien de la part du Ministere de l’Education et du couple royal a encore éveillé cet intéret. En général l’évaluation du Congres était positive mais les voix critiques se sont fait aussi entendre. Ce qui était critiqué c’est surtout une gamme trop étendue de themes et la présence des domaines liés indirectement avec les sciences historiques. Vu le grand nombre de questions linguistiques et littéraires le dramaturge Guiseppe Giacosa s’est plaint, dans les colonnes de «Corriere della Sera», du traitement injuste de la section d’histoire de la science. Le mécontentement a aussi été provoqué par la forme des débats soit le manque de discussions autour des communications et par l’étendue locale des questions abordées. La presse étrangere a présenté les opinions diverses,  plutôt critiques en Allemagne et en Angleterre et plutôt positives en France. 12 tomes d’actes publiés dans les années 1904-1907 par l’Accademia dei Lincei ont été considérés comme les fruits du Congres de Rome. En marge du Congres il y avait aussi des publications individuelles, par exemple le texte de la conférence donnée par M.Giacomo Boni durant la visite du Forum romanum.

Bibliographie
Atti del Congresso Internazionale di Scienze Storiche (Roma, 1-9 aprile 1903), vol. 1-12, Roma 1904-1907
„Corriere della Sera”, 1903, nr 60, s. 2, nr 63, s. 1, nr 64, s. 1, nr 90, s. 1, nr 91, s. 2, nr 92, s. 2, nr 93, s. 1, nr 96, s. 2, nr 97, s. 2, nr 98, s. 2, nr 113, s. 1, nr 188, s. 1
K.D. Erdmann, Die Ökumene der Historiker. Geschichte der Internationalen Historikerkongresse und des Comité International des Sciences Historiques, Göttingen 1987

Andrea Mariani