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V CONGRÈS INTERNATIONAL DES SCIENCES HISTORIQUES BRUXELLES 1923

« Obviously a congress to be held in Brussels could not be organized on the same basis of inclusion as those which have been held before the war […]. »
(W. G. Leland, « The International Congress of Historical Sciences, held at Brussels », American Historical Review, 28, 1923, 639).

Comme l’écrit l’historien américain Waldo G. Leland, le premier Congrès international des sciences historiques de l’après-guerre ne pouvait qu’en porter les marques. Il se déroula à Bruxelles en 1923 pendant les vacances de Pâques. La capitale de la Belgique avait été suggérée par la Royal Society britannique à la place de Moscou en hommage à la Belgique qui avait résisté aux armées allemandes et avait beaucoup souffert pendant la Première Guerre Mondiale.
Aucune invitation n’avait été envoyée aux Académies ni aux universités des États centraux, et aucun historien autrichien ou allemand n’y avait participé. En raison du boycott contre la science historique autrichienne et allemande, les historiens des pays neutres – le Danemark et la Suède – refusèrent de participer au premier congrès de l’après-guerre.
Néanmoins, de manière unanime, les historiens de l’époque estimèrent qu’il était une réussite : il comportait 13 sections consacrées à des périodes ou à des domaines historiques en ce compris une section sur la Documentation sur l’histoire du monde pendant la guerre, plus de 350 communications et environ 700 historiens de 23 pays (315 Belges, 178 Français, 140 historiens de l’Empire britannique, 28 Américains ; 25 Italiens, 24 Néerlandais, 22 Polonais, 17 Espagnols, 10 Suisses, les autres pays ayant moins de 10 représentants chacun).
À côté des activités scientifiques, le congrès offrait la possibilité de socialiser : réceptions et dîners à l’intention des historiens et de leurs épouses – « toilette de soirée » requise –, « salon de conversation » au Palais des Académies et excursions ; une brochure spéciale indiquant le programme détaillé avait été publiée.
La conférence inaugurale donnée par le célèbre médiéviste belge Henri Pirenne, De la méthode comparative en histoire, fut un texte fondateur tant pour la méthodologie historique que pour la coopération internationale entre les historiens. Condamnant le recours à la race comme explication des phénomènes historiques, Pirenne affirmait que l’individualité nationale devait être étudiée de manière comparative, autrement dit que l’histoire d’un peuple devait être étudiée en rapport avec l’histoire de l’humanité. Ces principes se sont trouvés à la base du projet de Revue internationale d’histoire universelle et comparée, élaboré par le Comité International des Sciences Historiques (CISH).
C’est d’ailleurs à Bruxelles que l’idée de créer un Comité permanent a vu le jour à l’initiative des représentants de l’American Historical Association. Le Bureau international du Congrès de Bruxelles a été chargé d’en élaborer les statuts et les objectifs. Ils ont été discutés à Bruxelles en mai 1924 lors d’une réunion du bureau convoqué par Pirenne, son président. En 1926, une conférence tenue à Genève, réunissant des représentants de tous les pays qui avaient participé aux précédents congrès internationaux – en ce compris l’Allemagne et l’Autriche – a adopté les statuts définitifs et élu les premiers représentants du CISH.
En résumé, si le congrès International des Sciences Historiques à Bruxelles en 1923 était encore marqué par l’animosité à l’égard de l’Allemagne considérée comme responsable de la Première Guerre Mondiale, il a également posé un jalon important dans la coopération internationale entre historiens en ouvrant la route vers la création du CISH.

Bibliographie

  • G. Des Marez & F.-L. Ganshof, Compte rendu du Ve Congrès international des sciences historiques, Bruxelles 1923, Bruxelles, M. Weissenbruch, imprimeur du Roi, 1923.
  • Waldo G. Leland, “The International Congress of Historical Sciences, Held at Brussels”, The American Historical Review, 28/4, 1923, 639-655.
  • Geneviève Warland